Face aux enfermements :
Comment le travail éducatif peut permettre à l’adulte psychotique de s’évader (extraits)
« Le réel est comme un voyage magique »
« T’es pas fou Peter, dit William. Personne est vraiment fou.
C’est rien qu’un mot (...) Et personne est juste un mot.»
Torey Hayden
INTRODUCTION
À Rome, chaque matin, l’educator
conduit les enfants de la maison familiale au gymnasium
, lieu d’apprentissage et de socialisation. Ni parent, ni enseignant, il chemine avec eux d’un endroit à un autre, de l’espace familial à l’espace social. Ainsi, « éduquer » viendrait non seulement du latin educare
(nourrir, instruire), mais également d’educere
qui signifie « guider, conduire hors de ». L’éducateur est donc un passeur, il est celui qui accompagne le passage de la nature à la culture, de la pulsion au désir ; celui qui fait éclore le petit d’homme en un sujet autonome et responsable, un sujet qui choisit son devenir.
Si j’attire l’attention sur la question du passage, et de la fonction de l’éducateur, c’est parce qu’elle est intimement liée à mon parcours, et à un cheminement de réflexions nées sur un lieu d’apprentissage un peu atypique. Au sein d’un hôpital psychiatrique, l’«espace loisirs des patients » est, en effet, une sorte de lieu passerelle, un extérieur protégé, un espace de transition entre le dedans et le dehors. Cet espace ne dépend pas d’un service de soin, mais concerne tous les usagers pris en charge par l’hôpital, et leur offre la possibilité de sortir du cadre médicalisé sans trop s’en éloigner. Ces derniers accompagnés de soignants quand la situation le nécessite, viennent la plupart du temps de façon autonome, parfois avec leurs familles ou autres visiteurs. Ils sont accueillis par notre équipe, et restent libres de participer ou non aux activités proposées.
Ainsi, au cours de ces trois années, j’ai beaucoup réfléchi quant à la question de la fonction éducative, et de la subtilité des innombrables limites (celles de l’éducateur comme celles de l’usager) auxquelles nous sommes sans cesse confrontés. J’ai voulu comprendre de quels enfermements le sujet psychotique était victime, et parler du chemin que l’éducateur peut emprunter avec lui.
En effet, dans quelles mesures l’éducateur peut-il accompagner la personne psychotique « hors de » ?
Peut-on l’aider à s’affranchir de ses propres enfermements, comme de ceux qu’on lui a imposé du fait de sa marginalité, parce qu’il n’est pas « normal » ? Quelles échappées sont possibles ? Comment et jusqu’où peut-on l’accompagner vers l’Autre, vers le lien social ?
Suite à ces questionnements, j’ai donc effectué un travail de recherche basé sur ma pratique auprès d’usagers psychotiques, tout en m’appuyant sur les apports théoriques acquis en formation, ainsi que sur mes lectures et réflexions personnelles.
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Psychose et liberté
Oreli
mercredi 01 décembre 2010