Psychasoc/PSF
Montpellier du 12/10/2010 au 21/06/2011
Séminaire 2010-2011 : « Malheur dans le capitalisme »
Enseignement de psychanalyse de la vie quotidienne
Ouvert à tous
Organisé par Psychanalyse sans frontière (PSF), animé par Joseph Rouzel, psychanalyste, directeur de
l’Institut
européen psychanalyse et travail social (PSYCHASOC)
Le titre fait de l’œil évidemment au grand texte de Freud Malaise dans la civilisation (ou dans la culture selon les traductions) paru en 1929 et qui n’a pas pris une ride. Autant dire qu’il se révèle d’une actualité brûlante en ces temps de crise. Ce texte nous tiendra lieu de main courante tout au long du séminaire. Le titre proposé par Freud était en effet « Malheur (ungluck ) dans la culture», vite édulcoré par son éditeur, pour des raisons de vente, en « malaise » (unbehagen ). Le malheur se vend mal ! Le mot « malaise » est faible. Freud y pose une question radicale : que veut l’homme ? Je défie quiconque de répondre autre chose, quelle qu’en soit la forme, que : je veux être heureux. Mais précise Freud face à cette volonté increvable de Bonheur se dressent trois obstacles : le corps, le monde et les autres, qui obligent chaque sujet à en rabattre sur ses prétentions au Bonheur, pour, comme il l’indiqua à la fin d’une séance à une patiente, apprendre à se contenter de son malheur banal. Jusque là les civilisations ont inventé des processus symboliques pour soutenir cette amère déception et même en transmettre la structure d’une génération à l’autre. L’éducation, « sacrifice de la pulsion », comme l’énonce Freud en 1917 dans sa première conférence, enseigne très tôt au petit d’homme à en rabattre sur ses prétentions à la jouissance. Il est impératif de lâcher sur la jouissance pour prendre place parmi les autres.
Or notre société néolibérale, pointe avancée du capitalisme, tente de subvertir cet ordre imposé à l’humaine condition. Qu’en est-il du vivre ensemble dans une société irradiée par le sans-limite, profondément solipsiste, dévouée corps et biens à la consommation sans fin des objets produits par la technologie, ces « lathouses » dont Lacan invente le paradigme. "Le monde est de plus en plus peuplé de lathouses" . Ce sont "des menus objets petit a que vous allez rencontrer en sortant sur le pavé à tous les coins de rue, derrière toutes les vitrines, dans ce foisonnement de ces objets faits pour causer votre désir, pour autant que c'est la science qui nous gouverne". (Jacques Lacan - "Sem XVII - L'envers de la psychanalyse", Ed : Seuil, 1969) Dans « lathouse » niche léthé , l'oubli. Mais si la vérité l'affecte, a-léthéia , si l'oubli est levé, si le caché réapparait, alors vient l'angoisse. D’où l’affolement incessant qui nous saisit d’une voracité insatiable devant l’objet consommable, qui à peine capturé se fait monstrueux. Retour du réel escamoté. Lacan dès 1972 avance que le capitalisme forclot la castration (Le savoir du psychanalyste ).
Nous irons faire un tour du côté des penseurs, psychanalystes ou non, qui, s’inscrivant dans le sillage de Freud et Lacan, interrogent un monde en passe de devenir totalitaire, livré à un scientisme religieux – « une civilisation qui se retourne contre elle-même » (Marie-Jean Sauret, Malaise dans le capitalisme , PUM, 2009).
Nous reprendrons ainsi à nouveau frais la réflexion freudienne, rejoignant Marx pour le coup, pour en dégager des perspectives: « Un bon nombre de luttes au sein de l’humanité se livrent et se concentrent autour d’une tâche unique : trouver un équilibre approprié, donc de nature à assurer le bonheur de tous, entre ces revendications de l’individu et les exigences culturelles de la collectivité. Et c’est un des problèmes dont dépend le destin de l’humanité que de savoir si cet équilibre est réalisable au moyen d’une certaine forme de civilisation ou bien si au contraire ce conflit est insoluble ».
Le séminaire se tient habituellement, sauf exception, dans les locaux de Psychasoc, 11, Grand rue Jean Moulin, 3400 Montpellier, généralement les mardi soir une fois par mois. On n’est pas obligé de suivre toutes les séances, même si cela est vivement recommandé. On peut prendre le train en marche, avec les risques que cela comporte.
Entrée libre et gratuite. Renseignements au 04 67 54 91 97
Première séance : mardi 12 octobre 2010 à 20h30. Joseph Rouzel fera l’ouverture et dégagera quelques pistes à partir du texte de Freud dont la lecture préalable est vivement conseillée aux participants.
Séances suivantes :
- 9 novembre, Joseph Rouzel: "Le chemin de Damas: retour sur le sentiment océanique, le féminin et la mystique. "
- 30 novembre (pas de séminaire en décembre) : Joseph Rouzel: "Un Bonheur impossible"
- 11 janvier, Jacques Cabassut: "Malheur dans l'institution"
- 8 février, Claude Ferré: " " Tolstoï et le capitalisme"
- 15 mars, Joseph Rouzel: "Homo homini lupus"
- 5 avril, Salim Mokaddem, L'appel des appels et le malheur dans le capitalisme.
- 10 mai, Marie-Jean Sauret (membre de l'Association de psychanalyse Jacques Lacan) : "Malaise dans le capitalisme"
- 21 juin, Marie-Helène Carbon, Humain, trop humain...