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La formation continue en question

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Joseph Rouzel

mardi 20 mai 2008

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Psychasoc est un centre de formation continue en direction des travailleurs sociaux qui se réfère à la psychanalyse. Il propose des stages ou des interventions sur site et travaille avec une vingtaine de formateurs. Or récemment plusieurs professionnels ont essuyé un refus d'agréer leur demande d'inscription sur un stage intitulé: « Quelle légitimité pour l'institution aujourd'hui? » que Psychasoc organise en 2008. En arguant de la circulaire DGEFP n°2006/35 du 14 novembre 2006 qui mentionne que les actions de formation dont l'objectif est le bien-être ne sauraient être retenues. Elles correspondent à du développement personnel et ne peuvent donc être déductibles des fonds de la formation continue.

Les bras m'en tombent! Ainsi un stage visant une méthodologie d'analyse institutionnelle, transférable sur un groupe éducatif, une équipe, un établissement social ou médico-social, relèverait du bien être personnel? Un stage interrogeant la place de chacun dans l'institution au regard de la mission qui lui est confiée, du projet et des valeurs qui la soustendent se réduirait à du développement personnel? Les deux formateurs, bien connus du secteur social pour leurs travaux sur l'institution, Dany-Robert Dufour, professeur d'université, directeur de programme au Collège International de philosophie et Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et psychanalyste, seraient assimilés à de joyeux animateurs pour Club Med'? Ils apprécieront.

Tout ceci n'est pas clair et pour le moins incohérent. Or j'ai reçu un semblant d'explication lorsque la rumeur m'a ramené des « miasmes ». Le stage serait refusé parce que au niveau national certains organismes ne sont plus agréés pour « dérive sectaire » (sic!). « Dérive sectaire Psychasoc »? Mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai pris ma plus belle plume et demandé au niveau national et régional de l'OPCA de branche, que ce jugement soit révisé et la formation agréée. J'ajoutai qu'en priver les salariés serait injuste et relèverait d'une mise en cause de notre travail de formation qui a fait ses preuves auprès des travailleurs sociaux depuis bientôt 10 ans.

Je fais donc appel ici à l'opinion éclairée des lecteurs de Psychasoc en les prenant à témoin.

Qu'est-ce que tout cela signifie? Le point commun entre tous les intervenants de Psychasoc c'est la psychanalyse. Assisterait-on donc à une resucée de bas étage de la chasse aux sorcières, dans la foulée d'un certain livre glauque? Pourtant les entrées dans les formations de Psychasoc sont multiples, même si la psychanalyse reste notre axe de référence. On y trouvera des approches sur le versant de la philosophie, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie clinique, le droit etc, bref l'ensemble des sciences humaines qui balisent le champ du travail social, ainsi que quelques disciplines artistiques visant l'apprentissage ou le perfectionnement de médiations éducatives exploitables en situation professionnelle. Sur le plan psychanalytique Psychasoc ne s'inscrit dans aucune école ou association. La maison de Freud est grande et grande ouverte. Alors « dérive sectaire » : de quoi parle-t-on? J'aimerai que ceux qui répandent ces rumeurs comme du poison viennent nous le dire en face... Si ce n'est pas de la diffamation, je me demande ce que c'est.

Ou bien alors s'agirait-il d'asphyxier les petits organismes de formation tel que le nôtre, au profit des gros lobbies pourvoyeurs de démarche-qualité, audit et autres cabinets-conseils qui engloutissent des sommes considérables de la formation continue pour des résultats qu'il conviendrait aussi d'interroger. J'en voudrais pour preuve les demandes de plus en plus tatillonnes sur le déroulement des formations heure par heure, l'explicitation infinie des concepts abordés, l'exigence incessante de documents, toujours les mêmes et renouvelés 100 fois etc ce qui engorge le secrétariat avec des tâches inutiles; sans parler des paiements des formations renvoyés à plus de 6 mois parfois, pratique tout à fait hors la loi, qui met gravement en difficulté la trésorerie etc

C'est bien connu: si tu veux tuer ton chien, tu l'accuses de la rage. On voudrait mettre en danger les petites structures de formation continue qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Tout ceci ne peut pas durer. Nous faisons un travail qu'il n'est pas difficile de contrôler. Non seulement nous ne nous dérobons pas aux contrôles légitimes des OPCA, mais nous les demandons. Nous n'avons rien à cacher. Mais que cela emprunte des formes intelligentes et pertinentes. Que les contrôleurs viennent passer un moment dans nos formations, qu'il lisent les évaluations que nous ne manquons pas de demander aux stagiaires à la fin de chaque session. Ils pourront ainsi vérifier sur pièce la nature du travail fourni qui n'est jamais, pour aucun des stages, assimilable à du bien-être ou du développement personnels, mais vise toujours un approfondissement et un perfectionnement en matière de professionnalisation. Les quelques centaines de professionnels qui en ont bénéficié peuvent en témoigner.

Que faut-il faire alors pour avancer ? Le 17 mai s’est réunie à Paris la Fédération des organismes indépendants de formation en travail social avec l'objectif de rédiger une charte commune, de créer un centre de ressources juridiques et de s'assurer une représentation nationale. Il s'agira ensuite de nous mettre autour de la table avec les décideurs et les financeurs et de traiter dignement ensemble cette grande question: le droit à la formation tout au long de la vie. 2 Je pense que nous pourrions demander un « Grenelle » de la formation continue en travail social afin de mettre en place un minimum de transparence à tous les niveaux: représentants de l'Etat, OCPA, établissements, représentants des employeurs et des salariés, organismes de formation. Il serait grand temps de se parler.

La formation continue est l'enjeu de tous les employeurs et salariés et ne saurait faire l'objet de règlements de compte idéologiques, de passe-droits, de réseaux d'influence, de rumeurs de bas étages, bref de mesquineries. Tout ceci doit se passer à ciel ouvert.

1 Texte paru dans Lien Social.

2 Pour tous renseignements sur la Fédération et cette rencontre contacter Pierre Leroy au 05 56 49 07 64

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